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Par
Frédérique Triaire, psychologue
Le
désir d'enfant ne se réduit pas au désir de procréation,
c'est-à-dire à la volonté de donner la vie à un être nouveau. De
plus, à ce niveau le terme adéquat serait plutôt « besoin »
au sens social comme le décrivait le philosophe Schopenhauer*. Il
conçoit le couple comme une réponse physiologique nécessaire au
maintien de l'espèce : l'enfantement n'étant que la
résultante de cette union. Mais au-delà du besoin, naissent l'envie
de créer des liens affectifs avec cet autre et le désir de
s'inscrire dans une filiation.
Selon
G. Poussin, « l'homme
et la femme ont aussi envie de faire un enfant comme l'ont fait
leurs pères et mères, pour retrouver le plaisir qu'ils ont eu
comme enfant en répondant au plaisir de leurs parents à s'occuper
d'eux »**.
Ainsi, l'enfant va être accueilli avec toute l'histoire
transgénérationnelle des parents, leurs représentations de la
fonction parentale, de la place de l'enfant, du rôle de chacun, de
leurs valeurs éducatives. Toute une élaboration psychique se met en
œuvre conduisant à la production plus ou moins consciente d'un
enfant fantasmatique (produit de désirs anciens de maternité ou de
paternité qui s'épanouissent dans l'enfance et est l'un des
aspects de l'identification à la mère ou au père) et imaginaire
(l'enfant des rêveries, imaginé dès avant sa conception et
durant la grossesse, pour lequel on choisit un prénom et que l'on
projette dans l'avenir). Cette construction va devoir s'ajuster
avec l'enfant réel qui arrive. Il est parfois nécessaire
d'élaborer un travail de « réconciliation » entre
l'enfant réel, l'enfant imaginaire et l'enfant symbolique.
Longtemps,
admis comme un être passif et soumis aux influences parentales,
l'enfant est aujourd'hui considéré comme très actif dans
l'orientation des comportements parentaux. Ses compétences
sensorielles et perceptives lui permettent d'induire chez son
entourage (en particulier sa mère) des comportements adéquats, de
l'amener à s'ajuster à son rythme en même temps qu'à son
tour l'adulte l'entraîne à son rythme. C'est ce que Stern
définit par l'accordage : l'ajustement réciproque des
comportements et des émotions de l'enfant et de son environnement
proche.
Ainsi,
il y a toujours nécessité de prendre en compte l'entité et
l'altérité de l'enfant à sa naissance. L'acte juridique à
travers lequel le père vient nommer cet être en devenir marque du
point de vue de la loi et de la symbolique à la fois le caractère
unique de cet individu mais aussi son inscription dans une filiation
et dans une culture. En faisant acte de naissance auprès des
institutions légales, il le fait passer de la nature à la culture.
Par-là même, l'inscription à l'état civil fait naître les
parents à la parentalité.
C'est
en ce sens qu'il est important de distinguer ces trois dimensions
qui sont : la parenté qui renvoie au phénomène biologique ;
la paternalité*** qui nous place dans la sphère affective et la
parentalité qui est une fonction reconnue.
*
Cité par G. Poussin cf « Journal des psychologues »
n°164, fév.1999
**
Ibidem
***
J-P Tomasset, texte prononcé au colloque de l'Ecole de
Psychanalyse Sigmund Freud, Bruxelles, 1997.
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