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« Au fond de ses yeux sommeille un maître » * J'ai eu envie de montrer le fascinant parcours du combattant du bébé, ce géant de courage…Bien d'autres avant moi s'y sont déjà penchés. Que se soit Grof, Sydney, Kubler-Ross puis Massin ou Montaud. C'est l'idée de lui donner la parole en le reconnaissant dans ce long cheminement.
Grof parle des quatre « Matrices Prénatales Fondamentales » sur lesquelles toutes les chaînes et nœuds psychiques futurs viendraient ensuite s'ancrer en quatre tresses tendues et résonnantes. Montaud, quant à lui, parle des « Sept étapes de la naissance ». Ce que je sais, par mon travail, c'est qu'effectivement, le fœtus semble vivre la naissance dans un état de conscience très particulier qui lui donne d'immenses perceptions. A chaque étape, il frôle la mort pour choisir la vie. La décision de naître est la première étape. Il semblerait que l'enfant, juste avant de naître, a pressenti sa place. Il sait à quoi il va servir pour ses parents, ce qui expliquerait que l'on ne découvre pas le sens de la vie mais qu'on le reconnaisse comme si on l'avait toujours su confusément. A cela s'ajoute une grande peur de l'inconnue et le fait d'être à l'étroit de façon dangereuse dans le ventre maternel. C'est la fin d'une époque marquée par le sentiment d'urgence et la mort. Le fœtus se présente, la décision est prise. Il a la possibilité d'accepter ou de refuser les événements. S'il refuse, il meurt, s'il accepte, il naît. C'est le premier acte de sa propre vie. C'est la « matrice périnatale fondamentale » n°1. « Le souvenir océanique de l'intérieur du ventre de ta mère a signé tes plus anciennes impressions. Elle et toi, vous ne faisiez plus qu'un et tu as goûté sensuellement et émotionnement à l'idée de l'Un » (Stanislas Grof). Le long couloir du ventre : la deuxième étape Les contractions de l'accouchement vont commencer. Deux éléments vont constituer la nouvelle épreuve du corps. Le premier a trait aux contractions maternelles, le second à la mise en mouvement du fœtus et à sa progression vers la sortie. Et comme chacun des protagonistes, la mère et l'enfant, contrôle un élément, une inévitable rencontre va se produire. Les contractions sont, dans un premier temps, la rencontre de la mère face à elle-même, à sa propre histoire. « Mais un jour, brusquement tu as basculé en enfer. Cela faisait un certain temps que tu te trouvais un peu à l'étroit. Et soudain, l'utérus de ta mère s'est mis à se contracter de toute part. Le col n'étant pas ouvert, la situation t'a semblé sans issue vu le temps dans lequel tu vivais. Alors, cet enfer a duré éternellement ». (S.Grof). C'est la « matrice périnatale fondamentale » n°2. L'enfant rencontre ainsi l'histoire de sa mère. Le combat que va vivre son corps durant cette étape se fera sans elle, avec elle, par elle ou contre elle. Mais elle sera toujours présente comme un Dieu impossible à oublier. A n'importe quel prix, il doit sortir et la traversée du ventre maternel devient un combat de titan pour atteindre ce dehors devenu sacré, devenu chaleur, terre promise. C'est une lente progression dans un long couloir, sans prise, glissant, obscur et vide. L'issue semble toujours plus loin. C'est un moment d'éternité et d'illimité. Parfois, le bébé est pris entre deux feux. D'un côté, il tend à succomber au découragement devant le peu de résultats et de l'autre il est dans l'impossibilité de s'arrêter sous peine de souffrir des douleurs gigantesques dont il risque de mourir. S'il relâche son effort, il meurt. C'est l'engagement dans l'effort. Personne ne suit l'incroyable périple du nouveau-né dans ce moment-là, tant nous sommes accaparés par les circonstances extérieures. Epuisé, il arrive au bout du long couloir du ventre, et là, il se trouve bloqué par un obstacle. Durant cette phase, un autre phénomène se produit : la dilatation du col utérin. Arrivé là, il reçoit deux messages contradictoires. Le premier lui signifie que la mère pousse pour qu'il sorte et le second l'empêche de passer car il faut attendre la dissension maximale du col. La troisième étape a pour réalité extérieure la phase d'expulsion, pendant laquelle la mère va devoir aider activement l'enfant à sortir. Peut-il compter sur elle ? Il est épuisé, bloqué, désemparé. A ce moment, se joue une subtile relation de confiance entre la mère et l'enfant. Comme dans la légende d'Hiram où il doit tuer le maître qui l'a guidé pour ne pas demeurer l'esclave de l'autre. Cette nécessité de tuer ce que l'on a plus aimé, de tuer ce qui nous a engendré est au cœur de toutes les initiations depuis la nuit des temps quand il est d'accomplir sa propre vie. La nécessité du meurtre rituel Un incroyable drame se noue autour du col de l'utérus et des points de blocage : celui de la nécessité d'un meurtre rituel pour vivre. Il a peur de mourir par l'arrêt imposé et il lui faut admettre que pour vivre il devra « tuer ». Mourir ou tuer. Il va devoir forcer, déchirer, tuer ce qu'il aime le plus au monde: sa maman. « Puis le col de l'utérus s'est lentement ouvert. Au centre des chairs violacées, distendues à craquer, le minuscule cercle d'une tonsure est apparue ». (S.Grof). « De l'enfer absurde, l'enfant bascule dans quelque chose d'infiniment plus violent encore. Aspiré dans un tunnel et comprimé au fond du sexe de sa mère ». (S.Grof). C'est la troisième « matrice prénatale fondamentale ». Il ne faut pas oublier que le temps pour le fœtus n'existe pas ! C'est terriblement long ! La quatrième étape dure à peine quelques minutes pour nous ! Quelque soit la violence avec laquelle il a pu forcer le passage, l'enfant est sorti ! Il est à l'air libre. Il n'a pas le sentiment d'être en dehors car sa vie extérieure n'est pas encore née. «Tu as été chassé hors de ta mère. Le plus grand regret de ta vie fut aussi ton plus grand soulagement ». (S.Grof). « Ta première gorgée d'air a coïncidé avec ta première affolante impression d'étouffer. Mais tu étais là, libre, et tu as fondu dans le soleil d'une jouissance presque pure – presque – C'est le premier rappel de la fusion océanique ». (S.Grof). C'est la quatrième « matrice périnatale fondamentale ». Elle a le bonheur humble… »Ton extase est brutalement interrompue par une violente douleur au nombril, à tel point que les médecins se demandent si le fait de couper le cordon ombilical est indolore… ». (S.Grof). L'ivresse, le cri, ce point où tout bascule et enfin, la séparation. Ne croyez-vous pas que tous nos liens sécurisants sont des ventres que nous finissions par quitter pour ne pas mourir étouffés. Et la façon dont nous sortons de tous ces « ventres » pourrait bien s'inspirer de notre première sortie…Qui sait ? Le fœtus n'a-t-il pas une connaissance innée de l'univers et des ses lois ? D'où lui viendrait cette connaissance ? Est-ce un dieu qui la déverse en lui ? Est-ce un simple réflexe biologique produit par l'évolution cellulaire ? L'adulte cherchera tout naturellement à reproduire les mêmes conditions de ces « matrices périnatales fondamentales » pour tous ses choix capitaux. Depuis notre naissance, nous savons exactement la quantité de douleurs qu'il nous faut pour avoir le courage de nos choix. Ainsi, nous pourrions tous chercher des situations de blocage nous permettant de souffrir suffisamment pour avoir la force de nous en sortir, au prix de réels déchirements. Combien de douleurs nous imposons-nous ainsi par simple mimétisme, par simple répétition de ce choix originel ? Mais cela ne peut servir de conclusion car chacun de nous est différent devant la douleur, la peur, l'amour, les choix. Dans les premiers jours qui succèdent à la naissance, voire les premières heures, essayez de croiser son regard quand il ouvrira les yeux. Soyez vigilant cela ne dure pas longtemps ! Si vous savez voir alors vous sentirez dans cet échange « l'âme d'un vieil homme qui sait et qui sonde votre âme ». C'est un instant magique et particulier. Je voulais juste retracer le parcours de ce combattant pour qu'enfin quelques avertis le voient vraiment avec ce qu'il a de courage, d'amour et de force. Que plus jamais il ne soit un pion sur l'échiquier d'une famille, d'une société, qu'il ne serve pas qu'à aider chacun à trouver une place… Car sachez que sa souffrance dans ces instants, atteint un paroxysme psychique incroyable. C'est dans ces instants-là que la mort de l'esprit devient la seule issue possible. « On devient « fou » par l'insupportable douleur du monde sans amour »…Dès lors, on comprend pourquoi il est vital de nous voiler la face durant toute notre vie ! Si la cinquième étape du nouveau né est de voir, la sixième est le pardon. Un pardon né de la certitude que l'amour qui manque au dehors est possible dedans. Toute notre vie va confirmer ou infirmer l'engagement pris lors de cette étape. On deviendra soit Homme, soit « humain ». Bibliographie : « L'accompagnement de la naissance » - B. Montaud - Collection « Saut dans l'inconnu » - Edit'AS « Le bébé et l'amour » - Dc C.Massin – Editions Aubier, 1997 « Royaume de l'inconscient humain » - Stanislas Grof – Editions du Rocher, 1992 * « Au fond de ses yeux sommeille un Maître » - B.Masson |