Dans le développement de chaque enfant arrive le
moment où l’on apprend la propreté. Pour pouvoir être propre il
faut être capable de « se contrôler », contrôler son
envie d’aller aux toilettes.
Dans cet apprentissage il y a donc un moment où
l’on prend conscience de sa capacité à contrôler ses sphincters,
et du plaisir qui en découle : je peux me retenir longtemps, et
attendre au maximum avant de me relâcher … pour en éprouver
d’autant plus de plaisir ! C’est un jeu.

A ce stade l’enfant agit exactement de la même
façon avec les personnes qui l’entourent, qui sont encore pour lui
comme des objets, comme les boudins fécaux qu’il s’amuse à
contrôler en fonction de son bon plaisir.
C’est aussi le stade du « non !», où
l’enfant est caractériel : tout ce qui lui est échappe est
intolérable, car il constate alors qu’il n’est pas
tout-puissant. Et s’il n’est pas tout-puissant, alors ça veut
dire qu’il est lui-même un objet, un simple objet que d’autres
(Dieu, les parents, le destin, …) peuvent contrôler selon leur bon
plaisir ! C’est ça qui est intolérable, car ça renvoie aux
angoisses de mort.
Pour assurer sa survie et son plaisir, il faut
donc contrôler et dominer l’objet, (l’Autre n’est alors qu’un
objet parmi les autres). Ça veut dire qu’il faut s’en emparer ou
s’en saisir ! C’est la base de ce qu’on appelle le sadisme
anal, ou sadisme infantile. En réalité ce stade se divise en deux
étapes : la passivité (liée au plaisir) et l’activité
(liée à la cruauté).
Le but de la pulsion d’emprise est de contrôler
l’autre, et non pas de lui infliger de la souffrance. Le problème
est que cette pulsion est indifférente à la souffrance de l’Autre !
Le but n’est donc pas la destruction de l’Autre
mais son contrôle. Le problème est qu’un contrôle aussi rigide
finit par détruire l’Autre …
L’enfant qui veut faire souffrir
un mouche, par plaisir, est cruel quand il lui arrache les ailes. Un
enfant qui arrache les ailes d’une mouche parce que c’est « une
chose » qui « l’intéresse », ne veut pas, lui,
la faire souffrir. Il ne se pose pas la question, tout simplement !
est-il moins cruel, vu de l’extérieur ?
Voilà pourquoi la façon dont on
dépasse cette pulsion est la ligne de démarcation entre psychose et
névrose : à la sortie, l’Autre existe comme un « autre
moi-même », ou il n’existe que comme un objet à ma
disposition.
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