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« La véritable relation de
parenté commence toujours par l'adoption d'un être qui vient de
soi mais qui n'est pas à sa ressemblance » (Tony Anatrella,
« La différence interdite » - Flammarion, 1998).
Derrière le désir d'enfant se
cachent souvent en réalité plusieurs demandes plus complexes qu'il
n'y paraît.
Le désir de grossesse, c'est-à-dire
l'envie pour un femme d'être enceint, peut exister en dehors
d'un désir d'enfant, en dehors du désir de donner naissance à
un être différent de soi qu'il s'agit bien d'adopter, à qui
il faut faire une place.
Mais alors, de quoi s'agit-il ?
A quoi correspond ce désir-là, s'il ne prend pas en compte sa
propre finalité, donner la vie à cet « Autre » qu'est
le bébé ? C'est toute la question en effet, et si le but
poursuivi n'est pas « extérieur » (la naissance de
l'Autre), il faut alors admettre qu'il est « intérieur »,
et pour engendrer qui ou quoi.
Le dossier du « Journal des
Psychologues » de juin 1998 sur « le désir médicalement
assisté », fait apparaître que face à de nombreuses demandes
de procréation médicalement assistée, beaucoup de femmes
abandonnent les démarches lorsqu'elles peuvent exprimer leur
besoin de se sentir enfin femme à part entière. Le reconnaître et
le dire leur permet alors de se dégager d'un chemin torturé, où
la quête initiatique de la grossesse qui « fait la femme »
est en conflit avec l'absence d'un véritable désir d'enfant.
C'est le plus souvent la parole du compagnon, du futur père
potentiel, qui libère en disant « stop » à la
surenchère technologique, et invite à se pencher sur le
fonctionnement du couple.
L'identité masculine se construit
assez simplement : le petit garçon doit devenir un homme, la
puberté est le déclencheur de ce changement et l'adolescence est
la période de « mise en place ».
La construction de l'identité
féminine est plus complexe : bébé, l'objet de l'amour est
la mère ; petite fille, c'est le père qui le devient, puis
la puberté fait la jeune fille avec l'arrivée « initiatique »
des premières règles ; le corps « prend forme(s) »
jusqu'à ce que la maturité fasse la « jeune femme « ,
la maturité psychique faisant d'elle une femme à part entière.
Elle peut alors devenir Mère ; ayant accédé à sa propre
identité, elle s'est en même temps détachée de l'image de sa
propre mère.
Malheureusement, pour tous c'est un
chemin difficile qui n'est pas sans embûches, et chaque phase
comporte ses manques et ses souffrances. Pour l'homme, la
disparition de rites initiatiques sociaux crée un vide, et oblige à
se forger soi-même, mais seul, sa propre identité. Pour la femme,
l'aspect initiatique social existe depuis la nuit des temps et
perdure : porter la vie.
Ainsi, le fait d'être enceinte
confirme cette identité, et va de pair avec les marques de
reconnaissance de l'entourage, qu'elles soient positives ou
négatives. L'annonce d'une grossesse, désirée ou non, est
toujours un événement. Et quelque soit son issue, il est impossible
ensuite de ne pas regarder celle qui a porté la vie comme « une
femme à part entière ».
Sur le plan psychique, on l'a vu, la
transformation vers la maturité se fait par images de soi
successives, jusqu'à une image achevée que l'on nomme alors
l'identité. Lorsque cette maturité fait défaut, on fonctionne
par images. L'adolescence est le moment où cela se voit le plus
clairement, on parle d'ailleurs de « look », de
l'anglais « regarder ». Il s'agit bien de montrer, de
donner à voir, par le jeu des identifications, qu'on est comme le
groupe, comme l'idole, comme des adultes…jusqu'à ce que l'on
soit soi-même, c'est-à-dire que l'on devienne sa propre
référence.
A l'âge dit adulte, si l'on n'a
pas pu accéder à sa propre identité, on reste bloqué à ce
fonctionnement par images auxquelles on s'identifie. C'est bien
sûr beaucoup moins flagrant qu'à l'adolescence. Mais ce n'est
pas moins douloureux, on est toujours prisonnier d'une image à
laquelle il faut ressembler à tout prix, pour exister, quitte à
exister sur une illusion.
Le désir de grossesse peut exister
indépendamment d'un désir d'enfant, dans une recherche
identitaire où la maturité du corps vient donner l'illusion d'une
maturité intérieure. Le désir est alors d'être comme une mère,
mais pas d'en être une. Ce qui est à engendrer est son existence
propre, une existence encore en gestation.
La banalisation de l'interruption
volontaire de grossesse ne doit pas nous empêcher de voir et
d'entendre. Notamment ces adolescentes qui se retrouvent enceinte
volontairement, « pour se sentir vraiment femme », et qui
avortent puisqu'elles ne désirent pas avoir d'enfants. Elles
sont dans cette illusion de se voir comme des mères, comme des
femmes matures, mais n'en sont pas. Elles peuvent peut-être parler
à leur propre mère d'égale à égale, mais au lieu de s'épanouir
et s'accomplir elles-mêmes, elles s'enferment dans une image
d'elles-mêmes qui n'est pas la réalité. Certes, elles auront
porté la vie, mais en remplaçant un acte créateur de vie par un
acte générateur de souffrances. Car tout avortement a son cortège
de souffrances, quelle qu'en soit la motivation. Comme si cette
souffrance était le prix à payer. Et il ne faut pas oublier que
dans ce système là, la vie que l'on porte est l'image même de
son être en gestation…
Le fruit de ce désir est bien un
enfant, et beaucoup naissent malgré tout de ce désir de grossesse.
Un enfant désiré pour lui-même, avec tout ce que cela entraîne de
reconnaissance, pourra se sentir « être sujet »,
c'est-à-dire exister par lui-même ; il pourra se penser « je
suis ». Mais un enfant qui vient à la place d'un manque,
comme dans une telle situation, sera comme un objet, car il existera
pour quelqu'un, par quelque chose ; il se pensera toujours
comme « le quelque chose de quelqu'un »…Mais que
transmettra-t-il à son tour ?
La distinction entre désir d'enfant
et désir de grossesse est capitale car il s'agit de deux désirs
très différents : le premier concerne « l'Autre »
à naître, le second renvoie à un « Moi » à
construire. Se poser les bonnes questions au bon moment peut éviter
de telles fausses solutions, toujours cause de nouvelles souffrances.
Et si vous désirez avoir un enfant,
pourquoi ne pas en profiter pour faire le point ? Je veux dire
tous les deux, Messieurs, c'est un moment où vos compagnes ont
peut-être particulièrement besoin de vous !
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